Fort de Vaux

juin 04, 2016 Rubrique: La Grande Guerre

Fort de Vaux, couloir de l'infirmerie

Fort de Vaux, couloir de l'infirmerie

Fort de Vaux

« A deux mille six cents mètres au sud-est du fort de Douaumont, légèrement en contrebas, de l’autre côté d’un ravin, s’élevait le fort de Vaux. A la fin de mai 1916, le boyau par lequel on arrivait à ce fort était un charnier.
Les cadavres casqués, leurs mains noircies serrées sur un fusil ou sur un manche de pelle, vous regardaient passer, les yeux grands ouverts, à cause des corbeaux. La chaleur n’arrangeait rien ; en passant, on faisait lever des nuages de grosses mouches.

Depuis plusieurs jours, le fort recevait huit mille obus par jour. Un obus à gaz toxique tombait toutes les cinq secondes devant chaque ouverture. Pour empêcher le plus possible ces gaz de pénétrer, les défenseurs avaient bouché de nombreuses ouvertures à l’aide de sacs de terre. A l’intérieur, la lueur des quinquets à pétrole perçait à peine l’obscurité.

Fort de Vaux, le couloir central.

Les hommes vivaient entassés dans la fumée, la chaleur et la poussière. Normalement, l’ouvrage pouvait contenir deux cent cinquante hommes. Il y en avait là plus de six cents.

Le fort était un océan de destruction comme un géant canot de sauvetage où s’étaient hissés des rescapés : blessés, isolés, vestiges d’unités coupés de tout. On ne pouvait pas les rejeter à la mort. On en avait évacué, la nuit, pendant les accalmies, par petits paquets, mais d’autres étaient revenus. Maintenant plus rien n’entrait ni ne sortait. [...]
Les hommes se collaient à la pierre des murs, dans l’espoir de trouver un peu de fraîcheur, mais la pierre était chaude. L’air aurait été moins irrespirable si on avait moins fumé, mais beaucoup assuraient qu’ainsi ils oubliaient la soif. Le fort possédait deux citernes, fissurées par les bombardements, devenus inutilisables ; vidées d’ailleurs depuis longtemps.
Les gros obus ébranlaient tout et ils vous secouaient, vous tordaient l’estomac. Chaque fois la poussière était soulevée, répandue et souvent elle n’avait même pas le temps de retomber entre deux explosions. parfois on pensait : « Ca y est, c’est l’enterrement. »

« Verdun » – Georges Blond (1962) source texte et photos « Savoir c’est se souvenir »

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