Jean Ferrat Nuit et brouillard

jan 27, 2016 Rubrique: Histoire, Société, Poésie
L'entrée du camp d'Auschwitz, en Pologne

L'entrée du camp d'Auschwitz, en Pologne

26 janvier 1945 : libération du camp polonais d’Auschwitz par l’Armée Rouge.

Nuit et Brouillard de Jean Ferrat

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent

Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe, il ne reste qu’une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été

La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d’arrêts et de départs
Qui n’en finissent pas de distiller l’espoir

Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vishnou
D’autres ne priaient pas, mais qu’importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux

Ils n’arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
Ils essaient d’oublier, étonnés qu’à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues

Les Allemands guettaient du haut des miradors
La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehors
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers

On me dit à présent que ces mots n’ont plus cours
Qu’il vaut mieux ne chanter que des chansons d’amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l’histoire
Et qu’il ne sert à rien de prendre une guitare

Mais qui donc est de taille à pouvoir m’arrêter ?
L’ombre s’est faite humaine, aujourd’hui c’est l’été
Je twisterais les mots s’il fallait les twister
Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent

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2 Responses to “Jean Ferrat Nuit et brouillard”

  1. martine dit :

    Réponse de Jean Ferrat à un article où sa chanson est qualifiée de négationniste: « Jean Ferrat lui-même, en tant que Français communisant, et bien que de père juif avait intériorisé la minoration de la persécution des Juifs, alors même que son propre père est mort en camp d’extermination…. »
    Monsieur,
    Je viens de prendre connaissance de votre interview publiée par « Nouvelles d’Arménie
    Magazine» de janvier 2005 et ne saurais rester sans réagir à vos déclarations me
    concernant et concernant aussi ma chanson: «Nuit et brouillard », car c’est la première
    fois depuis 42 ans qu’elle suscite une réaction de cette nature. C’est la première fois
    qu’on me reproche, en définitive, de n’avoir pas parlé uniquement de l’extermination
    des juifs.
    Vous osez le faire. J’ai envie de dire : « Tant pis pour vous », mais je vous rappelle que justement,
    «Nuit et brouillard» est dédié à toutes les victimes des camps d’extermination
    nazis quelles que soient leurs religions et leurs origines, à tous ceux qui croyaient au ciel
    ou n’y croyaient pas et bien sûr, à tous ceux qui résistèrent à la barbarie et en payèrent
    le prix.
    Que vous puissiez justement, faire un compte dérisoire en regrettant que : «Le seul
    moment ou l’identité juive apparaît est dans Samuel et Jéhovah» me paraît
    particulièrement indigne. Je ne puis également accepter vos interprétations
    tendancieuses qui concernent les résistants que je célèbre et qui seraient, d’après vous, :
    « essentiellement communistes ». Je passe sur l’évocation de « Vishnou » que je n’aurais
    utilisé que pour la rime alors qu’il symbolisait pour moi toutes les autres croyances
    possibles.
    Si j’avais aujourd’hui à regretter quelque chose, c’est de n’avoir pas cité les autres
    victimes innocentes des nazis, les handicapés, les homosexuels et les Tsiganes.
    Mais il est temps, à présent, d’en venir à votre affirmation finale: «Aujourd’hui, un tel
    texte (vous parlez, bien entendu, de « Nuit et brouillard ») serait attaqué pour négationnisme
    implicite ».
    Je me demande par quelle dérive de la pensée on peut en arriver là, et si vos propos ne
    relèvent pas simplement de la psychiatrie.

    Jean Ferrat

  2. Anonyme dit :

    en entendant cette chanson ……………….que de frissons… que de frissons !!!

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