Turner et ses peintres

Cette exposition présente les oeuvres de Turner (1775-1851) à travers ses contacts avec les  maîtres anciens (Titien, Claude Gellée, Poussin...) et ses contemporains (Constable, Reynolds, Bonington…) Succès comme paysagiste classique et volonté d’expérimenter.
Turner a connu la célébrité très jeune quand il était encore très traditionnel. Ses recherches ont ensuite suscité de nombreuses critiques.
Toute sa vie il n’a peint que des paysages. Un seul portrait, le sien.
La présentation de l’exposition n’est pas chronologique.

Turner est né à Londres, dans le quartier de Covent Garden d’un père barbier-perruquier. Il a travaillé chez un architecte. Il a appris à peindre des paysages classiques à l’Académie.
Il a beaucoup voyagé, le plus souvent seul, en Italie, en  France, en Allemagne et en Suisse. Il dessinait  ou reproduisait au moyen d’aquarelles les paysages, sites et monuments.

L’aquarelle à la fin du XVIII e siècle est le mode d’expression privilégié des paysagistes anglais. Turner est en rivalité avec son ami Thomas Girtin qui  mourut très jeune. « Si Tom Girtin avait vécu, je serais mort de faim. »
Inspiration du paysagiste gallois Richard Wilson (1713-1782).

En 1799, Turner est élu membre associé de la Royal Academy.
Intérêt pour Nicolas Poussin (1594-1665) et bientôt Claude Gellée, dit le Lorrain (1604/05- 1682).

Turner entreprend à deux reprises de véritables variations à partir du tableau   Paysage avec Jacob, Laban et ses filles 1654 Le Lorrain, en 1814  en 1828 lors de son voyage en Italie , Palestrina.

Turner ne copie pas mais sa composition académique est proche des paysages anglais. Il adapte la peinture de Lorrain à la peinture personnelle qu’il veut réaliser. Il se promène dans la campagne avec ses carnets de croquis dans les poches.

Le Louvre
Napoléon avait imposé un blocus continental. 1802  Premier voyage sur le Continent après la  la paix d’Amiens. Douze mois de trêve.
Turner découvre le Louvre et les artistes de France, d’Italie et de Flandres, les paysages, les peintures d’histoire.
La France est alors le seul pays d’Europe qui ait un musée aussi « universel ».
Carnets de croquis et de notes  Etudes au Louvre . Il y copie La mise au tombeau du Titien.
Il visite le « Salon ». Jugement défavorable sur l’exposition française.
Il se rend  aussi en Italie et fait le grand tour d’Europe.

Il apprécie Le déluge de Nicolas Poussin. Il aime les nuances de gris et les taches de lumière sur les personnages.
Trois ans plus tard il peint Le déluge « copie améliorée »sur une toile plus grande. Dans le tableau de Poussin, c’était la fin de la tempête, avec des rescapés. Dans celui de Turner on est en plein cœur du déluge.


Paysages classiques
1804, deux ans après sa visite au Louvre, première composition de paysage historique à succès de Turner Mercure et Hersé.

Jan Victor Jeune fille à la fenêtre
Turner Jessica
La technique change beaucoup. Turner prépare sa toile avec un fond blanc au lieu du brun habituel. Il utilise le jaune royal très « criard ». Il était utilisé par Rembrandt avec parcimonie. Empâtements de couleurs, grattages. Déconcertant. Jessica est sur un fond jaune très agressif, ce qui rend son visage plat et inexpressif.


Les peintres du Nord
En 1793, en France, les nobles fuient et le duc d’Orléans vend ses collections de peinture hollandaise aux Anglais. On apprécie les peintures flamandes et hollandaises du XVIIe siècle,  les représentations de la vie quotidienne, petits personnages, intérieurs très humbles : la peinture de genre. Turner présente Le maréchal ferrant mais la critique est négative et il arrête.

Turner découvre l’art de Rembrandt (1606-1669).
Un collectionneur lui commande un pendant pour un tableau  attribué à Rembrandt, Le Berceau. Clair obscur. Lumière au centre. Turner réalise La facture à payer avec le père, la  mère et le fils.

Watteau (1684-1721)

Hommage aux artistes
La sélection de ses toiles au salon était trop compliquée. Il fait donc construire une galerie à côté de son atelier. Dans l’exposition, on a reconstitué cette pièce avec les peintres auxquels il voulait rendre hommage.
Au début des années 1830 il  expose plusieurs tableaux illustrant de grands peintres.

Hommage à Rome et à Raphaël après son premier voyage en Italie en 1819. « Turner suggère que la peinture au premier plan exprime tout autant la ville qu’elle en est l’émanation. »

Port Ruysdael (1827), en hommage au Hollandais. Jacob van Ruysdael (1628/29-1682), n’est pas représenté sur la toile. Par le choix d’un de ses motifs familiers,  Turner l’associe à son tableau. Port Ruysdael n’existe pas…
Lumière du soleil, eau jaune, voile jaune, gris/jaune.

Turner et ses contemporains

On exposait  les tableaux par groupes de 2, 3, 4 pour les comparer. Lors de l’exposition à Londres, les visiteurs pouvaient voter pour celui qu’ils préféraient, Turner ou ses peintres…
Les contemporains craignaient que leurs oeuvres ne soient accrochées à côté des toiles de Turner car « c’était aussi préjudiciable que le voisinage d’une fenêtre ouverte ».

John Constable, autre grand peintre britannique du paysage en a fait les frais. Lors de l’exposition de 1832 à la Royal Academy, sa grande composition Inauguration du Pont de Waterloo est restée dans l’ombre du tableau Helvoetsluys proposé par Turner. A la dernière minute, il avait ajouté, au milieu des bateaux une bouée vermillon qui attirait les regards.

« Turner peignit un cercle rouge minium, à peine plus grand qu’un shilling, sur sa mer grise, et s’en alla sans dire un mot. L’intensité de ce rouge, rendu plus vif encore par les teintes froides du tableau, donna tout à coup l’air terne au vermillon et au carmin de Constable... »Charles Robert Leslie.

1830 La plage de Calais à marée basse, des poissardes récoltant des appâts.
Barricade, tableau coupé en deux. Marée basse, couche d’eau où se reflètent ciel et sable. Turner est un grand peintre d’aquarelle. Il crée sur ce tableau des effets d’aquarelle. Touche bleue à gauche du soleil.


1842 Tempête de neige, bateau à vapeur au large d’un port.

« Témoignage de  la terreur que Turner éprouva quand son bateau fut pris dans une tempête. Il se serait fait attacher au mât par les marins afin de pouvoir tout observer. »

« On reconnaît ici la manière de Turner dans l’application de la peinture en couches épaisses. Les zones jaunes furent certainement appliquées au couteau, tandis que les détails du mât et du bateau furent au pinceau. Les fines craquelures à la surface du tableau révèlent l’épaisseur des couches. Le mouvement des stries de peinture appliquées régulièrement en couches minces ou épaisses, claires ou sombres, évoque la houle. Cette technique couvre l’ensemble de la toile. Les touches suggèrent un mouvement circulaire autour du mât.  »

Dans son testament Turner lègue à la nation britannique toutes ses œuvres. Ayant créé 10 heures par jour pendant plus de 60 ans, il laissait plus de 300 toiles et 20 000 dessins et aquarelles. Il a eu une idée fixe «  Keeping my works together… » « Laissez mon œuvre réunie ».
Il souhaitait que deux de ses tableaux soient exposées à la National Gallery en regard de deux toiles de Claude Lorrain.  Il choisit Déclin de l’empire carthaginois .

Citations Beaux-Arts hors série.

Turner et ses peintres, au Grand Palais. Jusqu’au 24 mai 2010.
Métro Champs Elysée-Clémenceau.

Ouverture : Du vendredi au lundi de 9h à 22h, le mardi de 9h à 14h, le mercredi de 10h à 22h, le jeudi de 10h à 20h
Prix d’entrée: Plein tarif: 11€ – Tarif réduit: 8€

Web : www.rmn.fr

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